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Interview
Roberto Olla
Directeur exécutif d'Eurimages, le fonds de soutien au cinéma européen du Conseil de l'Europe
Roberto Olla a rejoint le Secrétariat d’Eurimages en janvier 2002. Le Conseil de l’Europe l' a nommé au poste de Secrétaire exécutif d’Eurimages à compter du 1er juillet 2008. Afin de mieux nous faire connaître le Fonds Eurimages, il répond à nos questions.
Roberto Olla, Directeur exécutif d'Eurimages
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Q:
Monsieur OLLA, vous êtes le directeur exécutif d’Eurimages, pouvez vous nous expliquer en quelques mots de quoi il s’agit ?
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R:
Eurimages est un fonds pour les coproductions cinématographiques. Donc ce que nous faisons c’est dans le cadre de la politique culturelle européenne. Nous soutenons des projets de producteurs établis dans différents États membres du Conseil de l’Europe et nous les aidons à financer leur projet. Nous sommes un fonds pour la coproduction, pas pour les films à 100 % nationaux. L’intérêt est que le film ait été coproduit par des producteurs de différents États membres.
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Q:
Comment se passe la sélection ?
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R:
Nous avons un budget de 22 millions d'euros, ce qui n’est pas énorme. Nous avons quatre dates limites par an pour déposer les projets. Les producteurs choisissent la date de dépôt en fonction de leur société et des besoins de financement du film. Une fois que le projet est déposé au Secrétariat du Conseil de l’Europe à Strasbourg, mon équipe analyse une partie du projet, la partie économique, juridique et financière, pour vérifier que le projet est économiquement viable. Si le projet est solide et s’il s’avère qu’il a besoin de financements et qu’il est éligible sur la base des règles qu’on a établies avec les États membres, nous envoyons le projet au Comité de direction d’Eurimages. C’est un organisme composé des représentants des États membres, donc ce sont les gouvernements nationaux qui nomment des experts qui vont lire les scénarios, vérifier la partie artistique du projet, mais aussi vérifier que les attentes du réalisateur, des auteurs et des producteurs sont proportionnées au budget et aux financements nécessaires pour la réalisation. Il y a une grande discussion à l’intérieur du Comité de direction sur le potentiel de circulation du film, pour vérifier que le film a le potentiel de circuler à l’intérieur de plusieurs États membres. C’est pour ceci qu’Eurimages aide le cinéma : pour permettre que des films puissent voyager au-delà des territoires nationaux.
Le Comité de direction fait une sélection comparative, c’est à dire qu’il vérifie la qualité artistique du film et compare les films, car comme nous avons un budget très limité, il faut malheureusement faire une sélection. Les projets que nous soutenons peuvent obtenir au maximum 700 000 euros par projet, avec un plafond de 17%. Donc on ne peut pas financer un film au-delà de 17%. Nous arrivons normalement à la fin du montage financier, donc les films qui arrivent à Eurimages sont déjà pré - sélectionnés par le marché d’une manière ou d’une autre. En effet, ils doivent nous démontrer qu’ils ont 50% du financement confirmé dans chaque territoire de la coproduction. C’est donc un système assez dur de pré - sélection. Le projet qui arrive à Eurimages est un peu la crème de la coproduction européenne. Pour vous donner une idée du nombre de films que nous finançons chaque année,il s'agit grosso modo d'environ 60 coproductions. Cela dépend combien d'argent les coproductions demandent. Si elles demandent le maximum de 700 000 euros, les 22 millions partent très vite. Mais il y a aussi des petites coproductions que nous aidons, à hauteur de 100 000 ou 200 000 euros par projet. -
Q:
Avant d’exercer la fonction de Directeur exécutif d’Eurimages, vous avez également travaillé pour un autre programme audiovisuel, le programme MEDIA. Quelles sont les différences entre ces deux programmes et comment cohabitent-ils?
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R:
Ce sont deux fonds qui opèrent pour la même cause : le cinéma et l’audiovisuel européen, mais avec deux approches complément différentes.
Eurimages est un fonds du Conseil de l’Europe et c’est un fonds culturel qui s’inscrit dans la politique culturelle européenne. On choisit les films en fonction de leur qualité artistique. Le programme MEDIA est conçu dans le cadre de l’Union européenne et il a un but plus économique. Son objectif est d’aider le marché intérieur de l’audiovisuel et du cinéma à l’intérieur de l’Union européenne. Il y a une séparation des compétences : Eurimages soutient la coproduction cinématographique, c’est à dire que nous aidons les producteurs à payer les coûts de production, alors que le programme MEDIA aide à l’écriture et à tout ce qui concerne la phase précédant la mise en production du film. Il s’agit d’une phase extrêmement délicate et malheureusement sous développée en Europe, c’est à dire que les sociétés de production européennes n’investissent pas suffisamment en l’écriture du scénario. MEDIA intervient aussi en aval, c’est à dire après la production, pour la distribution des films européens non nationaux. Ceci signifie que par exemple, un film français circule très bien en France, mais pas assez bien dans les autres pays de l’Union européenne. Donc le programme MEDIA aide les films européens à circuler dans d’autres pays européens, c’est l’aide à la distribution des films européens non nationaux. Eurimages et MEDIA sont donc complémentaires : eux interviennent avant et après la production, et nous aidons la production en elle-même. -
Q:
Quelles sont les impulsions que vous voulez donner à Eurimages en tant que nouveau Directeur exécutif et quelles sont les priorités de votre mandat ?
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R:
Je suis Directeur exécutif depuis juillet 2008, mais je suis arrivé à Eurimages il y a presque 7 ans. Depuis tout ce temps, j’ai étudié les projets et j’ai acquis ainsi une bonne expérience du métier d’analyse de projets. Et avant de venir à Eurimages, comme vous l’avez déjà mentionné, je travaillais pour le programme MEDIA, où j’ai travaillé dans le service de la distribution et où j’ai traité les dossiers du point de vue horizontal, c’est à dire strictement juridique, car c’est ma formation de base.
Connaissant ainsi les deux fonds, je voudrais essayer d’améliorer et de corriger les défauts qui sont inévitables dans une administration publique telle qu’Eurimages. Ceci afin de rendre l’aide publique la plus profitable possible pour les bénéficiaires et pour faire en sorte que la plus value soit la plus grande pour tout le monde (producteurs, auteurs, distributeurs, etc.). Concrètement, ça veut dire que je voudrais simplifier au maximum les procédures de sélection et faire en sorte que le choix qui est fait au final par le Comité de direction soit le plus proche des qualités artistiques du projet. Choisir des films en Europe n’est pas facile parce que les scénarios sont écrits dans une langue et à Eurimages on est 33 États membres, donc les approches de lecture du scénario sont différentes, ce qui rend le travail assez difficile. J’ai déjà fait une proposition qui a été adoptée et donc qui prend effet depuis janvier 2009 : il s’agit d’introduire une nouvelle étape de sélection des films : les scénarios ne seront plus lus exclusivement par le Comité de direction, qui exprime la volonté des États membres, mais il y aura une expertise artistique faite par des experts indépendants, nommés par le Secrétariat, et qui seront donc objectifs par rapport aux États membres. Il s’agit de lecteurs spéciaux, appelés script-doctors, qui sont des spécialistes de la lecture des scénarios, c’est à dire qu’ils comprennent lors de la lecture si le scénario a le potentiel pour faire un bon film. Les scénarios doivent être en anglais ou en français. Donc tous les lecteurs doivent pouvoir lire une de ces deux langues. Après, on fait la traduction dans les autres langues. Ils seront établis dans des pays différents par rapport aux producteurs et aux réalisateurs pour éviter qu’il y ait des formes de conflits d’intérêts ou de la pression. L’audiovisuel est un petit marché, tout le monde se connaît. Supposons que nous avons un producteur et un réalisateur espagnols, pour avoir une expertise objective de la qualité du film, le lecteur sera d’une nationalité autre qu’espagnole. Ce procédé est une petite révolution parce que cela ajoute de la transparence à la procédure décisionnelle, de la légitimité et ça permet au marché, à travers les script-doctors, de participer à la sélection. Cet argent public qui est adressé au marché, et bien, ce marché même participe désormais à sa répartition, qui sera ainsi plus juste et plus concrète. Il y a une autre révolution, celle-ci plus technique : les aides d’Eurimages sont des aides remboursables, c’est à dire qu’en réalité, se sont des avances sur recettes. Si le film réalise des recettes, les producteurs doivent rembourser l’aide. Si le film n’arrive pas à amortir l’investissement, l’aide se transforme en subvention. Le retour sur investissement d’Eurimages est d’environ 1 million d’euros par an. Nous souhaiterions augmenter ce retour sur investissement pour réinjecter dans le fonds les recettes générées par les films qui remboursent les aides que nous leur avons octroyées. Pour mettre en œuvre ce projet, nous avons fait accepter par le Comité de direction l’utilisation d’un mécanisme de récolte des recettes. Il s’agit du collection account management, un mécanisme qui est déjà utilisé dans le nord de l’Europe et qui commence à être également connu dans le sud. En pratique, ce sont des sociétés spécialisées qui vont collecter les recettes partout dans le monde et qui les redistribuent parmi les investisseurs du film. Eurimages est considéré comme un financeur, car nous finançons jusqu’à 17% du film. Ceci permettra d’avoir une transparence dans l’augmentation des recettes, de l’exploitation, et ce jusqu’aux producteurs et auteurs, car rémunérés proportionnellement. Ça aidera également Eurimages à récupérer, peut-être, plus de recettes et soutenir davantage de productions. Donc c’est un système de roll-over, de réutilisation de l’argent public. -
Q:
Quelle est, selon vous, la particularité du cinéma européen par rapport à d’autres cinémas, notamment hollywoodien ?
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R:
C’est une question difficile, si je le savais, je serais riche ! Personnellement, je crois que le cinéma américain est un cinéma de entertainement, de spectacle, alors que le cinéma européen est un cinéma plus intime, plus d’auteur.
Le cinéma européen est un cinéma qui reprend des histoires, des témoignages, c’est un cinéma un peu plus proche de ses auteurs. Le cinéma américain est peut-être un peu plus proche des spectateurs. Ça c’est peut-être une différence d’approche mais il ne faudrait pas généraliser, car il y a évidemment des films qui sont un peu plus mainstream, plus populaires, en Europe, comme il y a aussi des films indépendants qui sont magnifiques aux États-Unis. Disons que la particularité du cinéma européen est celle de ne pas vouloir aller nécessairement vers son public, mais c’est plutôt l’expression artistique de ses auteurs.
En savoir plus sur Eurimages
| L'agenda européen
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17 mai 2012
- Événement organisé par le CIIE avec le soutien de la Ville d'Erstein.
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17 mai 2012
- Exposition organisée par le CIIE en partenariat avec la Médiathèque du Pays de Thann.
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Lieu :
Médiathèque du Pays de Thann
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17 mai 2012
- Événement organisé par La Ligue d'Alsace d'athlétisme, le Cercle sportif de Saint-Louis et la ville de Saint-Louis.
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Lieu :
Stade de la Frontière, Saint-Louis.
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